Laboratoire d'Audio-Phonologie Expérimentale et Clinique

de la Faculté de Médecine de Marseille (UPRES-EA 2668)

 

 

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Analyse perceptive des dysphonies

        L’axe de recherche dédié à l’analyse perceptive des dysphonies a été développé dans notre laboratoire dès 1996 avec pour objectif premier d’optimiser la fiabilité des jugements effectués par le jury d’écoute. En effet, l’analyse perceptive étant le standard de validation des mesures instrumentales, il était nécessaire de mettre au point une méthodologie permettant d’améliorer l’adéquation entre ces deux méthodes de mesures. Les premiers travaux ont été menés conjointement avec l’analyse objective dans le cadre de l’évaluation du résultat vocal après microchirurgie laryngée. Il est ainsi apparu que les discordances entre les jugements perceptifs portés sur les dysphonies et les mesures objectives nécessitaient d’entreprendre plusieurs travaux dans le but d’analyser ces discordances.

        Nous avons entrepris d’étudier la formation des auditeurs à l’analyse perceptive grâce à un paradigme « stimulus/ réponse/ feedback/ stimulus ». Les résultats montrent que la reproductibilité des évaluation des auditeurs novices est améliorée par notre méthode pour se rapprocher des performances du jury expérimenté. Dans un objectif plus clinique, un autre travail s’est attaché à la conception et la validation d’un logiciel d’aide à l’analyse perceptive (CLAP) destiné aux différents praticiens intervenant dans la prise en charge des patients dysphoniques. Ce logiciel permet de standardiser les évaluations et la méthodologie proposée tient compte des avancées récentes dans ce domaine.

A la suite des travaux déjà cités de Ping Yu, nous avons proposé une nouvelle échelle de mesure quantitative de la perception de la dysphonie. L’idée de base était que les jugements perceptifs portés à l’aide d’une échelle visuelle analogique ne peuvent pas être interprétés de façon linéaire. Schématiquement, sur une échelle de 10 cm entre 0 pour voix normale et 10 pour une dysphonie très sevère, la plupart des auditeurs utilise le premier centimètre pour les vois normales, le dernier centimètre pour les dysphonies très sévères et se partage les 8 centimètres restants pour les dysphonies légères et moyennes. Sur cette base, les résultats ont montré que l’utilisation de l’échelle visuelle analogique modifiée permettait d’atteindre 88% d’adéquation avec les mesures instrumentales.

L’analyse de la dysphonie est couramment effectuée sur un /a/ tenu, et même la partie stable du /a/ tenu (mesures instrumentales) ou sur de la parole (perception). La quantité d’informations phonétiques est très différente selon ces matériaux : le /a/ tenu contient les transitoires d’attaque et de sortie ainsi qu’une partie de vibration stable ; la partie stable du /a/ tenu ne contient que cette partie de vibration stable, alors que la parole contient toutes les informations phonétiques (transitoires, vibration, prosodie, rythme, coarticulation, transitions formantiques, etc.) Notre premier travail publié sur ce thème a montré que le jury d’écoute était influencé par le matériau phonétique puisque les évaluations portées sur la partie stable du /a/ tenu tendaient à sous-évaluer la dysphonie du fait de l’absence des informations contenues dans l’attaque. L’étude suivante nous a permis de caractériser l’influence de l’attaque qui semble jouer un rôle essentiel dans la discrimination des dysphonies légères et moyennes. Ces travaux nous ont conduits à proposer une mesure temporelle de l’attaque afin d’en délimiter les contours pour appliquer, à terme, les mesures non-linéaires. Les résultats ont montré que la méthode des « 10%-90% » permettait d’isoler l’attaque, avec un niveau de performance optimal pour les dysphonies légères et moyennes.

Par ailleurs, la dysphonie n’est pas un phénomène constant dans le signal vocal, mais intervient au cours de la parole sous forme d’occurrences pathologiques, en fonction des contextes phonétiques et linguistiques. Nous avons proposé une nouvelle technique d’écoute tenant compte de cette réflexion (phonetic labelling). Le principe est d’écouter et de caractériser chaque phonème d’une phrase en normal/rauque/soufflé/dévoisé. Les résultats ont montré que le nombre d’occurrences pathologiques est fortement corrélé à l’impression dysphonique globale (r²=0.87) et que leur localisation dans la phrase dépend du contexte phonétique (voyelle fermée entre 2 occlusives non-voisées) et linguistique (intonation et accentuation dans la phrase). Une étude menée avec la participation de 20 auditeurs nous a permis de confirmer la validité de la méthode de phonétic labelling. La conception de cette méthode a permis d’ouvrir de nouvelles voies dans l’étude de la dysphonie et notamment d’évaluer l’influence de l’attaque au cours de la parole par l’analyse des occurrences pathologiques intervenant dans une phrase ne contenant qu’une seule attaque (Amélie a mis l’eau au moulin) comparée à une phrase contenant de nombreuses attaques (Ton thé t’a-t-il oté ta toux); Ce travail a montre que l’impression globale de dysphonie était plus importante sur la phrase « attaques » que sur la phrase « stable ». Le phonetic labelling a permis de confirmer que le nombre d’occurrences pathologiques était plus élevé sur la phrase « attaques » et qu’elles étaient effectivement situées sur les voyelles précédées d’un arrêt vibratoire. Enfin, nous avons également proposé une étude spécifique des contextes phonétiques et linguistiques d’apparition des occurrences pathologiques. Les résultats ont montré qu’il était possible de prédire l’apparition d’occurrences spécifiques (raucité ou souffle ou dévoisement) par la conception de phrases standardisées et calibrées selon les contextes favorisant.

Retour aux travaux de l'équipe phonologie

 

1. Yu P, Revis J, Wuyts FL, Zanaret M, Giovanni A. Correlation of instrumental voice evaluation with perceptual voice analysis using a modified visual analog scale. Folia Phoniatr Logop 2002, 54 : 271-281

2. Révis J, Barberis S, Giovanni A. Definition of a new temporal voice onset measurement. Rev Laryngol Otol Rhinol. 2000;121:291-297

3. Révis J, Giovanni A, Triglia JM. Influence of voice onset on the perceptual analysis of dysphonia. Folia Phoniatr Logop. 2002;54:19-25 CC

4. Revis J, Giovanni A, Triglia JM. Comparison of different voice sample for perceptual analysis. Folia Phoniatr Logop, 1999.

5. Analyse subjective (DIU Mlle Alice Cardinael  dirigé par Mlle Laurence Pédron)

6. Pédron L ,Giovanni A. Evaluation par le patient de son handicap vocal avant et après phonochirurgie. Cahiers d'ORL 2000, 35-6, 308-316.