Laboratoire d'Audio-Phonologie Expérimentale et Clinique

de la Faculté de Médecine de Marseille (UPRES-EA 2668)

 

 

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Etat actuel de la recherche sur l'analyse objective de la voix

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       Dans le cadre de l’évaluation des dysphonies, les mesures instrumentales de la voix peuvent offrir une approche complémentaire des scores perceptifs, de l'examen laryngoscopique et de l'interrogatoire du patient. L'objectif général des mesures instrumentales de la voix avec l'appareillage EVA est d'être une méthodologie d'expertise pour permettre des comparaisons entre plusieurs pathologies, plusieurs patients ou plusieurs approches thérapeutiques. D’innombrables méthodes de mesure et de nombreux protocoles combinant diverses mesures ont été présentés dans la littérature dans ce sens et, même s’il n'y a pas de protocole unanimement accepté, il existe un certain nombre de points communs entre la plupart des études publiées: le premier est que la validation des mesures instrumentales proposées repose en général sur l'analyse perceptive par un jury considérée comme la méthode de référence. Le deuxième est que plusieurs mesures différentes doivent être combinées pour répondre au caractère multidimensionnel de la voix.

         La validation des mesures instrumentales par comparaison avec la dimension perceptive reste de toute façon nécessaire puisque cette dimension perceptive intervient prioritairement dans la fonction de communication de la voix : c'est parce que la voix est altérée que les patients viennent consulter, c'est donc sur la qualité de la voix que doivent être jugés les résultats des thérapeutiques. Pour simplifier la tâche des cliniciens, le classement des dysphonies sur une échelle perceptive ordinale à 4 niveaux (depuis 0 pour "normal" jusqu'à 3 pour "sévère") a été proposé par Hirano. Un tel classement selon les paramètres G (global), R (roughness), B (Breathiness), A (Asthenicity), S (Strain), I (Instability) est actuellement recommandé par l'European Laryngological Society [Dejonckere P, Bradley P, Clemente P, Cornut G, Crevier-Buchman L, Friedrich G, Van de Heyning P, Remacle M, Woisard V. A basic protocol for functional assessment of voice pathology, especially for investigating the efficacy of (phonosurgical) treatments and evaluating new assessment techniques. Eur Arch Otorhinolaryngol 2001; 258:77-82 ]. Cependant, même sur de telles échelles, la variabilité des jugements perceptifs portés par des auditeurs différents pose de nombreux problèmes non encore résolus. En pratique, l'analyse perceptive par un auditeur isolé ne peut pas être considérée comme un outil fiable de comparaison entre deux échantillons de voix et seul un jury d'experts peut être considéré comme une méthode de référence. Il va sans dire qu'il s'agit d'une méthode extrêmement lourde qui ne peut pas être proposée en routine et que la validité de la démarche visant à utiliser des mesures instrumentales reste entière.

            Le caractère spécifiquement multidimensionnel de la voix impose à la plupart des études une analyse simultanée de plusieurs paramètres. Wolfe avait ainsi étudié la combinaison de 4 mesures acoustiques : la Fo moyenne, le jitter, le shimmer et le rapport harmonique sur bruit.. Elle avait comparé ces mesures à des mesures perceptives concernant de degré de dysphonie dans 3 groupes pathologiques : nodules, paralysie laryngée unilatérale et dysphonie dysfonctionnelle. A l'aide d'une analyse de régression, il avait été possible de montrer que la combinaison de ces paramètres (surtout Fo et shimmer) permettait de  trouver une corrélation de 0.56 entre les mesures perceptives et les mesures acoustiques, ce qui restait faible, bien en deçà de la possibilité d'une réelle utilisation clinique [Wolfe V, Fitch J, Cornell R. Acoustic prediction of severity in commonly occurring voice problems J Speech Hear Res 1995; 38:273-279]

            Piccirillo avait présenté une analyse objective et multiparamétrique chez 97 sujets dysphoniques et 35 sujets témoins. L'analyse objective faisait appel à la mesure de 14 paramètres : pression sous glottique (PSG), débit d’air buccal (DAB), intensité (faible, moyenne, forte), fréquence (la plus basse, moyenne, la plus élevée), étendue vocale, résistance laryngée, efficacité glottique, temps maximum de phonation (TMP), débit d'air transglottique et électroglottographie. A l'aide d'une régression linéaire, 4 variables particulièrement pertinentes avaient émergé parmi les 14 variables objectives mesurées : la pression sous glottique (PSG), le débit d'air buccal (DAB), le temps maximum de phonation (TMP) et l'étendue vocale. Dans un autre travail, Piccirillo avait corrélé entre l'analyse objective et perceptive chez 33 sujets dysphoniques et 12 sujets avec une voix normale. Il avait ainsi montré que la combinaison de ces 4 paramètres était en corrélation significative avec chaque paramètre de l'échelle GRBAS (valeur de r : -0.49 à -0.73) [Piccirello J, Colin P, Dennis F, Frederickson J. Multivariate analysis of objective vocal function. Ann Otol Rhinol Laryngol. 1998;107:107-112; Piccirillo J, Colin P, Dennis F. Assessment of two objective voice function indices. Ann Otol Rhinol Laryngol. 1998;107:396-400] 

            Wuyts a proposé un index de la sévérité de la dysphonie (Dysphonia Severity Index, DSI) dans le cadre d'une étude multicentrique en Belgique. L'étude a été réalisée sur 319 sujets présentant une pathologie variée et 68 sujet normophoniques. L'analyse objective a été effectuée sur 13 paramètres acoustiques et aérodynamiques. L'analyse perceptive a été réalisée selon le grade G de la méthode GRBAS sur une échelle à 4 niveaux. A l'aide d'une analyse de régression multivariée, il a sorti 4 paramètres pertinents : fréquence la plus élevée (Fo-High in Hz), intensité la plus basse (I-Low in dB), temps maximum de phonation (TMP), et jitter (%). A partir de ces 4 paramètres, il a établi une équation de régression linéaire : DSI = 0.13*MPT (s) + 0.0053*Fo-High (Hz) – 0.26*I-Low (dB) – 1.18*Jitter (%) + 12.4. Le résultat avait montré que plus la valeur de DSI était négative, plus la dysphonie était importante. A l'inverse, plus la valeur de DSI était positive, plus la dysphonie était légère. Par ailleurs, les mêmes auteurs ont réalisé une analyse de type discriminant et la combinaison de ces 4 mêmes variables a permis de retrouver 56% d'adéquation entre les deux systèmes d'analyse objective et perceptive [Wuyts FL, De Bodt MS, Molenberghs G, Remarcle M, Heylen L, Millet B, Lierde KV, Raes J, Van de heyning PH. The dysphonia severity index: An objective measure of vocal quality based on a multiparameter approch. J Speech Hear Res. 2000;43:796-809]

            Notre équipe avait présenté par ailleurs une étude combinant des mesures acoustiques et des mesures aérodynamiques à l'aide de l'appareillage EVA (SQ-Lab, Aix-en-Provence). Il s'agissait de comparer les résultats de l'analyse perceptive par un jury utilisant le paramètre G de l'échelle GRBAS à 4 niveaux et une ensemble de mesures objectives. 151 patients dysphoniques des deux sexes et 88 sujets témoins avaient été analysés. Pour chacun des sujets, un ensemble de paramètres objectifs avaient été mesurés au cours de la production d'une voyelle /a/ tenue : le jitter, le débit d'air, l'analyse spectrale et la durée de l'onset vibratoire. Une analyse statistique discriminante avait été réalisée. Les résultats montraient que 66% des sujets avaient été classés de la même façon que par le jury [Giovanni A, Robert D, Estublier N, Teston B, Zanaret M, Cannoni M. Objective evaluation of dysphonia: Preliminary results of a device allowing simultaneous acoustic and aerodynamic measures. Folia Phoniatr Logop. 1996;48:175-185.] . Dans un travail plus récent, nous avons présenté une analyse objective multiparamétrique des dysphonies chez les hommes. L'étude a été menée sur 63 dysphonies et 21 sujets témoins. L'analyse perceptive était effectuée par un jury d'écoute sur le grade G de l'échelle GRBAS à 4 niveaux. L'analyse objective a été réalisé sur 10 paramètres acoustiques et aérodynamiques : la Fo, l'intensité, le jitter, le coefficient de Lyapunov (CL), le rapport signal sur bruit (SRf>0 et SRf>1kHz), le débit d'air buccal (DAB), la pression sous-glottique estimée (PSGE), l'étendue vocale et le temps muximum de phonation (TMP). Nous avons obtenu, à l'aide de l'analyse discriminante, 86% de concordance entre l'analyse perceptive et objective [Yu P, Ouakine M, Révis J, Giovanni A. Objective voice analysis for dysphonic patients: a multiparametric protocol including acoustic and aerodynamic measurements. J Voice 2001; 15:529-542].

            A la suite de ce travail, nous présentons les résultats d'une vaste étude effectuée sur 449 cas comprenant 391 voix dysphoniques (270 femmes et 121 hommes) et 58 voix normales (38 femmes et 20 hommes). L'objectif de ce travail était de présenter une importante série et de valider le protocole de mesures réalisées avec l'appareillage EVA (Evaluation Vocal Assistée) en les comparant au jugement d'experts.

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